mardi 28 juin 2011

Les lophophorates ou la saga des porteurs de touffes.


Dans ma jeunesse perdue, lorsque mes cochlées auditives étaient encore intactes, et que j’écoutais avec délectation les tirades de mon professeur de biologie animale (JJLR pour les dijonnais), un nom percuta mes oreilles : « lophophorates ». Or à cette époque, pas si lointaine du début des années 2000 passait sur les ondes FM un groupe rock un peu punk nommé lofofora, et dont le nom est selon la biographie officielle est tiré d’un genre de cactus : Lophophora sp. Enfin j’apprends dernièrement qu’un genre d’oiseaux porte également le nom de lophophorus…

Un mot, et 4 groupes différents : zoologiques, botanique, et musical… Avant de les passer en revue, voyons ce que peut bien signifier « lophophora »…


Si toi aussi tu porte un "lophos" rejoins nous !
Comme bien souvent l’étymologie est salutaire et apporte une réponse claire. Le préfixe Lopho- provient du grec ancien λόφος (lofos) et signifie au départ colline mais désigne également la « huppe », ou l’aigrette des oiseaux bref une petite touffe au sommet de la tête, le suffixe –phore est également une racine grecque -φόρος (-foros), provenant de φέρειν (ferein) et signifiant « porter ». Bref les « lophophoriens » sont ceux qui portent haut le « lofos », la huppe, le toupet, la crête… et autres assemblages qui s’y apparentent de près ou de loin.



Lophophorus sp.
Je ne vais pas m’attarder beaucoup plus longtemps sur le cas des oiseaux du genre lophophorus, dont vous avez devinés qu’ils portent sur leur tête une aigrette du plus bel effet. Les femelles lophphorus qui lisent ce blog (si, si il y en a !) peuvent se rincer l’œil ! Notez la magnifique teinte bleutée liée à la diffraction de la lumière par les barbules des plumes…

Il faut dire que niveau attraits sexuels on s’y connait dans la famille des Phasianidae , les paons en sont les représentants les plus emblématiques…


Lofofora et les cactus !
Pour rendre hommage à la rubrique headbanging science du « bLoug de Laurent » alias Staples sur Knowtex, voyons désormais la relation qui unit le groupe musical lofofora aux « lophophoriens » …
Ils commencent dans les années 90 et en 2003 ils sortent leur album le plus célèbre « le fond et la forme ». Le dernier en date s’intitule « mémoire de singes » et sera enregistré en 2007 dans les studios du groupe Gojira (des énervés de la protection de la baleine). Depuis le groupe a réalisé quelques tournées et prépare un album dont la sortie est prévue en octobre. Sans être spécialiste ce groupe offre de sympathiques envolées metal/punk tout en gardant des paroles bien senties ce qui n’est pas évident pour les francophones. Bien sur il faut aimer le genre...


Un petit clip pour vous donner le ton « quelque peu » en rébellion. « Quelque peu » est ici un euphémisme car Lofofora fait partie de ces groupes engagés qui dénoncent à juste titre les maux de notre société.

Mais pourquoi les lofofora ont choisi le nom d’un genre de cactus : « Lophohora » ?
  • Hypothèse N°1 : l’identification capillaire punk.
    Comme leur nom de genre l’indique, de petites touffes « laineuses » ornent le sommet des cactus "Lophophora", ce qui pourrait être utilisé comme une référence aux coiffures punk ? Cette hypothèse un peu capilotractée est probablement fausse. Les Lofofora n’étant pas des adeptes de la crête punk pour autant que je puisse en juger sur les photos des membres du groupe malgré que le genre musical qu’ils pratiquent s’y apparente.

  • Hypothèse N°2 : Le cactus, ça fait rebelle !
    Pas vraiment, puisque les cactus du genre Lophophora ne possèdent justement pas de piquants. L’image du cactus aux pointes acérées et auquel il ne vaut mieux pas se frotter n’est donc pas exploitée ici…
  • Hypothèse N°3 : Un bon groupe punk doit sauver les espèces en danger ?
    La croissance des cactus de ce genre est très lente, et l’absence de piquants et la couleur bleue azur de la plante font que ces espèces sont prisées des collectionneurs et même en voie de disparition selon wikipédia. De la à en faire u symbole de l’exploitation de la nature par la société capitaliste… je n’y crois pas, il existe bon nombre d'espèces plus "emblématiques" pour porter ce message.
  • Hypothèse N°4 : Une apologie masquée de la consommation de stupéfiants.
    C’est l’hypothèse la plus probable car parmi les cactus du genre lophophora se trouvent le peyotl (Lophophora williamsii) riche en alcaloïdes aux effets psychotropes importants. On y trouve entre autre la mescaline un puissant hallucinogène ! Cette molécule proche des amphétamines et de l’adrénaline se fixe sur les récepteurs à la sérotonine et les actives provoquant par la même de « légers » disfonctionnement dans le cortex visuel entre autre quelques heures après l’ingestion des boutons de fleur… (Rappelons que son usage est interdit en France)



Le « split » des lophophorates devenus polyphylétiques…
Enfin les derniers porteurs de touffes, ceux dont il était question en cours de biologie animale, constituent un groupe zoologique dont l’avenir semble compromis. Et oui quand un groupe ne marche plus la séparation est inévitable... Inclus parmi les lophotrocozoaires (enfin pour la plupart des auteurs) ils comprenaient :
  • Les phoronidiens : des petits organismes filtreurs fixés dans un tube de chitine. (photo1)
  • Les brachiopodes : dont l’aspect est très proche de celui des mollusques (photo2)
  • Les ectoproctes ou bryozoaires : étymologiquement les « animaux mousses » qui se développent en colonie dans des loges et un peu comme le corail. (photo3)


Tous avaient en commun une structure de filtration formée par un anneau de tentacules entourant la bouche de l’animal et filtrant les particules pour l’alimentation : le lophophore… On retrouve notre touffe de « poils » !

Le lophophore d'un brachiopode
(épingle noir)
Seulement voilà, tous les « lophophores » ne semblent pas équivalents, et donc pas hérités d’un ancêtre commun aux lophophorates. Cette structure présente chez ces trois groupes ne serait donc qu’une convergence au moins dans le cas des ectoproctes. C’est en tout cas ce que montrent la plupart des études moléculaires concernant la phylogénie de ces groupes. Les phoronides restent malgré tout proches des brachiopodes et forment avec eux le groupe de phoronozoaires. Les ectoproctes tentent de leur coté une carrière en solo, et constituent désormais un embranchement à part entière parmi les lophotrochozoaires. En tout cas pour l’instant ! Car dans cette branche de l’arbre du vivant comme dans beaucoup d’autres, on ne peut pas dire que tous les mystères phylogénétiques soient définitivement résolus…

[ Classification phylogénétique des protostomiens de 2006 (Dans Classification phylogénétique d vivant 3me Ed. -  Lecointre et Le Guyader - Belin). Le groupe des lophophorates est alors considéré comme monophylétique. ]

[ Classification phylogénétique de 2011 (Edgecombe et al.) Les lophophorates sont indiqués en vert. ]

On perçoit ici les limites de la nomenclature descriptive puisqu’un seul terme peut renvoyer à plusieurs espèces ou groupes biologiques. De plus ces caractéristiques visibles ne constituent pas forcément de bons caractères pour la reconstruction des relations de parenté. Bref la conclusion de toute cette histoire c’est que la touffe ne fait pas le moine…


Quelques sources :
  • Phylogenomic analyses of lophophorates (brachiopods, phoronids and bryozoans) confirm the Lophotrochozoa concept. Helmkampf et al.     -   Proc. R. Soc. B - 2008  (275) Fichier .pdf
  • Higher-level metazoan relationships: recent progress and remaining questions. Edgecombe et al.Organisms diversity & evolution - 2011 (vol. 11) Fichier .pdf
  • http://www.lofofora.com/ Le site officiel du groupe de musique.
  • Wikipedia : les lophophorates, l’oiseau lophophorus, et le cactus hallucinogène.

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1 commentaires:

le bLoug a dit…

merci pour la pub M Colin !
intéressante énigme... j'aime bien l'hypothèse "porteur de crête" pour ma part, même si ce n'est pas la bonne
keep on bLougin'

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