dimanche 20 juin 2010

La rigidité cadavérique.

« Sous les flashs de ses collègues journalistes, le corps nu et blanc du Pr Adjemian assis dans sa baignoire apparaissait comme un mannequin de cire marinant dans du jus de pruneaux. La rigidité cadavérique avait accompli son travail. Le savant était là, les yeux fixes, grands ouverts, la bouche béante, les sourcils levés.
Il y avait pourtant quelque chose de curieux dans la position du corps. La main gauche reposait dans l'eau stagnante de ce dernier bain, mais la main droite, elle, était bien ancrée sur le bord de céramique, index crispé en direction du miroir.
Comme si, juste avant de mourir, le savant avait voulu désigner quelque chose ou quelqu'un s'y reflétant... »
Extrait du livre: Le Père de nos pères, de Bernard Werber.

« Rigor mortis ! »

Voilà qui sonne comme un obscure sortilège tout droit sortit d'Harry Potter... Il n'en est rien, puisque nous parlons ici de la rigidité cadavérique souvent mentionnée dans nos polars préférés mais jamais expliquée. Ce phénomène qui désigne le durcissement caractéristique des muscles commence 3 heures après la mort, est maximal après 12 heures et diminue peu à peu pendant les 48heures suivantes, ainsi cette observation peut fournir une vague estimation de l'heure de la mort...

[Contenu d'une cellule musculaire observé au microscope électronique - x25 000 environ. l'aspect strié est liée à la présence des filaments d'actine et de myosine.]

Nous l'avons vu dans l'article précédent (qu'il est préférable de lire), la cellule musculaire présente une grande quantité de protéines organisées en filaments: les filaments fins d'actine et les filaments épais de  myosine lesquels coulissent les uns par rapport aux autres ce qui permet le raccourcissement du muscle c'est à dire sa contraction. Au cours de ce coulissement des liaisons s'établissent temporairement entre les filaments d'actine et de myosine. C'est à ce moment que l'ATP molécule énergétique est hydrolysée et l'ADP libéré permettant ainsi aux têtes jusqu'alors étendues de la molécule de myosine de se rétracter [voir schéma].

[1]                 [2]

La myosine (en jaune) possède donc deux configurations: 
[1]- La configuration à haute énergie, ou la tête de la molécule de myosine (en jaune) est mises sous tension, un peu comme le bras du catapulte armée.
[2]- La configuration à basse énergie ou la tête de myosine est recourbée et liée à l'actine (en rosé).



Que se passe-t-il, après la mort ?
Après la mort la concentration de calcium augmente dans les cellules musculaires, en effet les systèmes chargés de stocker ce calcium dans des "citernes" cellulaires cessent de fonctionner, et les citernes elles laisse de plus en plus d'ions calcium s'échapper... Cette augmentation de la concentration de calcium est le signal qui déclenche la liaison entre les filaments d'actine et de myosine. En effet, en temps normal l'augmentation de la concentration en calcium est conditionnée par la modification de polarisation électrique de la cellule suite à un influx nerveux.

Dès lors, pour que le muscle retrouve son état détendu, il faut que les molécules de myosine se détachent des filaments d'actine, et cette action n'est possible que si une nouvelle molécule d'ATP vient se fixer sur la myosine  permettant le passage en configuration de haute énergie, la mise sous tension. On dit que l'ATP à une action "myorelaxante" (qui détend le muscle).

Mais après la mort la fabrication d'ATP est impossible et l'actine et la myosine sont alors liées de façon irréversible, ce qui provoque la rigidité cadavérique observée. Celle-ci ne disparaitra que lorsque les protéines musculaires commenceront à se dégrader quelques heures après la mort. Le début d'une longue décomposition...

Article re-publié dans le cadre de la semaine thématique sur la mort organisée par le c@fé des sciences (Oct 2012). Retrouvez cet article et tous les autre sur le blog "Thema" du c@fé des sciences.

- Pour en savoir plus sur les événements suivants la mort et la décomposition : "Le monde et nous"
- Sur la rigidité cadavérique elle-même: l'article Wikipédia 

1 commentaires:

Anonyme a dit…

j'adore Bernard werber et grâce à vous je relirais avec une vision différente "le père de nos pères"!

Une de vos étudiante

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